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Les bienfaits de la nature sur notre bien-être sont aujourd’hui incontestables, soutenus par des recherches scientifiques approfondies. A travers cette conférence intitulée « La nature au cœur du soin » nous explorerons le lien fondamental entre la nature et la santé mentale.
Qu’est-ce qui, dans les environnements naturels, contribue au bien-être et au rétablissement ?
Comment concevoir des espaces extérieurs et naturels qui favorisent véritablement l’apaisement et la restauration ? Comment intégrer la nature dans les soins psychiatriques à l’hôpital ?
Cette rencontre nous invite à explorer comment la nature et le soin psychiatrique peuvent-être de véritables alliés.
Retrouvez le programme de la journée
Discours introductifs
Mme Raffaella Diana, Directrice générale du CNP.
M. Ola Söderström –Professeur – Institut de Géographie – Université de Neuchâtel.
La nature, l’environnement naturel pourrait être considéré comme un plateau « technique » de l’hôpital, ce sont les mots forts en fil rouge du discours d’introduction de Raffaella Diana, directrice générale du CNP, qui rappelle également la place de cette conférence dans le cycle de réflexion débuté en 2022.
Le professeur Ola Södertröm développe quant à lui deux aspects, qui pourrait correspondre à deux directions primordiales du thème de cette conférence, c’est-à-dire le lien entre l’environnement et l’histoire de la psychiatrie, puis la relation de l’individu à la Nature, avec un retour de l’urbanisation.
Espaces verts et santé psychique : vers une intégration du lien à la nature en psychothérapie
Dr Philipp Baumann, Psychiatre psychothérapeute FMH en cabinet privé et médecin agréé pour la recherche au CHUV.
Le Dr. Philipp Baumann évoque en introduction les aspects généraux de la relation entre troubles psychiques et environnement naturel ou urbain. Un résultat fort correspond à la mise en évidence de l’environnement urbain comme un facteur de risque de développement d’un trouble psychotique. La conférence se poursuit par l’insistance de tenir compte des lieux dans le processus de rétablissement des patient·e·s, notamment concernant la valeur de refuge attribuée à certains lieux avec lesquels les personnes développent un véritable lien d’attachement, comme elles le feraient avec une figure d’attachement humaine. De cette relation, cet attachement, les personnes peuvent trouver des effets bénéfiques sur leur bien-être psychique, mais aussi leur cognition ou encore des aspects somatiques tel qu’un meilleur sommeil. La suite de l’exposé du Dr. Baumann se centre sur la Nature comme lieu d’impact plus fort sur la réduction des troubles en comparaison de la ville, à travers des études comparatives contemporaines, mais aussi des préceptes de scientifiques et/ou guérisseurs, depuis Hippocrate qui posaient la Nature comme paramètre essentiel d’influence sur la Santé Humaine. La conférence se termine par une partie plus personnelle, des travaux et de l’approche thérapeutique du Dr. Baumann, tout à fait passionnante, sur la création d’une atmosphère de rétablissement qu’il créé à travers des promenades thérapeutiques s’articulant comme un véritable groupe thérapeutique avec les patient·e·s.
Les bénéfices des espaces verts urbains sur la santé mentale : une question d’accès
Mme Aurora Ruggeri, Doctorante à l’Institut de Géographie de l’Université de Neuchâtel.
Madame Ruggieri présente une partie des travaux publiés et en cours, dans le cadre de sa thèse de doctorat sur le rôle des espaces verts situés en ville dans l’impact sur la Santé Mentale des individus. Plus spécifiquement, Madame Ruggieri développe la question de l’accessibilité aux espaces verts dans les environnements urbains. Ses travaux permettent de noter une tension entre un choix de la constitution des espaces verts urbains sur des paramètres, parfois antagonistes, d’esthétique, de santé et de gestion. De cette notion de « rapports de pouvoir » entre ces paramètres, Madame Ruggieri cite alors le concept de justice environnementale, différent selon les villes, les territoires et les continents. Un autre aspect de l’accessibilité aux espaces verts implique la manière, le « comment » les individus rencontrent ces espaces verts urbains. Il est alors à noter que ces rencontres ne sont pas uniquement des initiatives individuelles, mais elles sont aussi conditionnées par des facteurs socio-politiques. La conférence se poursuit avec la question de qui a accès à ces espaces verts urbains ? Le capitalisme s’invite alors dans cette inégalité d’accès, puisque finalement les mosaïques d’écologies urbaines sont aussi liées à la richesse qui peut être déployées dans certains villes, mais aussi dans certaines zones/quartiers d’une même ville. La conférence s’achève sur le cœur des travaux de Madame Ruggieri, à savoir l’approche politique de l’accès aux espaces verts urbains. Plus précisément, elle prône une collaboration interdisciplinaire, intersectorielle et l’intégration de deux aires politiques que sont l’aménagement urbain et la santé publique pour développer cette véritable approche politique de l’accessibilité.
Dans la forêt,…
Et si le travail thérapeutique avec les adolescents était une (ré)-expérimentation avec leurs retrouvailles, avec eux, les autres et la nature ?
Dr François–Xavier Polis, Psychiatre de l’adolescence, Centre Neuro-psychiatrique Saint-Martin et M. Ludovic Mazzier, éducateur en charge du projet de Forest4Youth.
Le Docteur François-Xavier Polis et Ludovic Mazzier évoquent le dispositif « Athanor » qu’ils ont mis en place en Belgique en 2016. Destiné aux adolescent·e·s présentant des processus de l’adolescence « grippés » selon l’expression du Dr. Polis, l’idée principale d’Athanor est de constituer un véritable lieu pour vivre son adolescence. Ce dispositif repose sur des principes forts tels que la considération du groupe et du collectif comme le terreau du processus, le lien comme un contenant permettant un développement mais aussi le décloisonnement par rapport au repli sur Soi manifesté par les adolescent·e·s. A l’intérieur de ce lieu, plusieurs approches thérapeutiques, par médias, par des moments d’échanges collectifs permettent de travailler avec les adolescent·e·s sur leurs problématiques. Ludovic Mazzier présente ensuite la caractéristique thérapeutique de décloisonnement à travers le projet « Forrest4Youth » qui permet un séjour en forêt pour six adolescent·e·s et trois accompagnant·e·s dans un esprit de séjour de rupture en pleine nature. Le séjour d’une durée de 3 jours permet une déconnexion complète pour les adolescent·e·s et la nécessité de devoir agir pour leur quotidien sur les aspects domestiques, occupationnelles et de vie en collectivité. Le trépied thérapeutique est alors de permettre une rupture du rythme des adolescent·e·s, une rupture du cadre hospitalier habituel et enfin une rupture avec eux-mêmes et leurs habitudes. Les narratifs de retour des adolescent·e·s montrent alors un souhait de se tourner à l’avenir davantage vers la nature, sortir de leur cadre habituel et des affects positifs par rapport à ce court séjour.
La conception d’espaces extérieurs partenaires du soin psychiatrique, ou l’accessibilité psychique du dehors
Mme Florence Gottiniaux, Paysagiste conceptrice spécialisée dans la conception de jardins de soin et de santé à destination des établissements médico-sociaux.
L’accessibilité psychique du dehors ou comment créer une dynamique par la nature pour aider la personne à aller vers un mieux-être ? C’est par cette problématisation que débute l’exposé de Madame Florence Gottiniaux et par un rappel de la définition de la biophilie, cette affinité innée de l’Homme pour le vivant et les systèmes naturels. Florence Gottiniaux poursuit ensuite par des exemples visuels, des architectures paysagères parfois proposées dans des structures sanitaires stationnaires ou résidentielles qui s’auto-proclament « espaces verts et/ou naturels » alors que la rencontre avec le « vivant », au sens bibliophilique, y est clairement impossible. Il est ensuite particulièrement intéressant de faire le lien avec le modèle d’Ulrika Stiggsdotter pour Madame Gottiniaux, car ce modèle exprime le lien entre le besoin de l’individu, son état de force mentale / fatigue émotionnelle et la configuration de « nature » qui lui sera nécessaire. L’espace vert, le jardin, mis à disposition du patient doit être un lieu de refuge, de sécurité, qui va lui permettre de reprendre une énergie psychique en toute quiétude. Là encore, des exemples, contre-exemples présentés par Florence Gottiniaux permettent de mesurer cette différence entre un lieu sécure ou insécure au niveau paysager. Elle expose ensuite les caractéristiques qui guident la conception et construction d’un espace paysager dans des lieux accueillant des personnes en vulnérabilité. Rassurer avec une surface/un sol, des murs/limites, un toit/une canopée sont par exemple les besoins basiques d’un espace vert à vocation rassurante. Elle expose enfin avec brio différentes de ses réalisations paysagères permettant de respecter ses caractéristiques primaires mais également de créer des ambiances différentes selon les objectifs visés en termes de public et de thérapeutique associée.
Retrouver un souffle intérieur
Mme Lorraine Thélin, Paire praticienne en santé mentale.
De sa position de pair-praticienne, Madame Thélin nous évoque son parcours personnel et les lien avec les environnements naturels et le vivant qu’elle a connu durant son processus de rétablissement. Elle exprime ce rapport, ce contact avec la nature comme une nécessité pour elle d’être davantage ancrée dans son corps. Dans une certaine poésie, Lorraine Thélin nous évoque des sentiments, des affects, des expériences liées à la nature qui sont autant de piliers, de forces pour l’accompagner dans ce parcours. Elle a souvenir d’écureuils durant un séjour de réhabilitation qui furent un temps d’émerveillement et de rencontre à propos. Elle se remémore le vent, comme un vecteur d’apaisement lors de séjours d’hospitalisation. Elle sublime ce vent avec cette formule « sortir c’est aussi retrouver un souffle intérieur ». De tous ces indices, ses remémorations, Madame Thélin nous exemplifie pleinement comment la nature peut comprendre tout un ensemble de leviers de rétablissement.
Table ronde
Intervenant·e·s du matin ainsi que Dr Hugues Paris, Médecin-Chef de département CNP et Mme Fernanda Santos, Infirmière-cheffe de département CNP. Modération : Mme Déborah Sohlbank.
Axée sur des échanges de pratiques entre les intervenant·e·s de cette conférence et les professionnel·le·s internes du CNP, la table ronde permet de balayer les questions d’accessibilité à la nature pour les patient·e·s, la mobilité à l’intérieur de ces espaces verts et enfin la permission / possibilité de bénéficier de ces espaces naturels.
La société est-elle prête à laisser ses stéréotypes et à rendre aux patient·e·s atteint·e·s de troubles psychiatriques leur place de citoyen·ne ?
Retrouvez en vidéo l’intégralité de la première conférence du cycle du 24 juin 2022.
Est-ce que nous, en tant qu’institution de soins psychiatriques et en tant que professionnel·le·s, sommes prêt·e·s à intégrer le·la patient·e dans nos processus cliniques ? A changer notre posture pour passer du rôle de soignant à celui d’accompagnant ?
Retrouvez en vidéo l’intégralité de la deuxième conférence du cycle du 24 mars 2023.
Quel rôle et quelle place pour l’hôpital psychiatrique dans les thérapies actuelles et futures ? Une question vaste, qui permet d’aborder des sujets aussi variés que l’intelligence artificielle, les neurosciences computationnelles, le fléau de la solitude, l’importance de la collaboration entre les différents acteurs du soin psychiatrique ou encore l’évolution de la responsabilité juridique pour le personnel soignant et médical.
Retrouvez en vidéo l’intégralité de la troisième conférence du cycle du 15 décembre 2023.
Comment notre environnement architectural peut-il agir sur notre santé mentale ? Comment peut-il nous soigner ? A quoi ressemblera l’hôpital psychiatrique de demain ? Depuis plusieurs décennies, de nombreuses disciplines s’intéressent de plus près aux liens entre architecture, environnement et santé, physique comme mentale.
Retrouvez en vidéo l’intégralité de la quatrième conférence du cycle du 31 mai 2024.